Pour mémoire, c'était il y a 3 ans...
#2 Le regard d’une jeune Indignée du PAF, Myrtille Dupont (photographe)
Proposition
de loi relative à la reconnaissance juridique du Conseil de rédaction
déposée par Mme la Sénatrice Nathalie Goulet et enregistrée sous le
numéro 813.
Ce qui s'est passé le 7 octobre à la conférence de Presse au
Sénat est d'importance. Il était en effet question de la création des
« Conseils de Rédactions ». Ces organes seraient, dans les médias
journal, un garant d'une plus grande liberté de la presse en remettant
les journalistes face à leur mission centrale d’informer et en les
réunissant collectivement dans une entité juridique reconnue comme
telle : la rédaction. Mais il faudrait pour cela qu'ils bénéficient
d'une reconnaissance statutaire officielle et légale. C'est à cette
épineuse question que ce sont attaqués Nathalie Goulet, Sénatrice de
l'Orne et des représentants du Syndicat National des Journalistes (SNJ)
et des Indignés du PAF.
Le 7 octobre 2014 a
donc eu lieu la conférence de presse présentant la proposition de loi de
reconnaissance juridique du Conseil de Rédaction au Sénat en présence
de ses rédacteurs Nathalie Goulet, Dominique Pradalié pour le SNJ et
Philippe Guihéneuf pour les Indignés du PAF. Afin d’illustrer le
bien-fondé de l’initiative, Joseph Tual, grand reporter, était là,
apportant son témoignage sur une mésaventure récente.
Au
début de la conférence de presse, la Sénatrice Nathalie Goulet s'est
présentée et a expliqué comment est né le travail de co-écriture du
texte de proposition de loi, en quoi il est important. Elle a bien
précisé qu'elle n’était en rien porte-parole des Indignés du PAF ou des
syndicats, mais qu'elle était d'accord sur un point très important : le
besoin d'une base légale d'un Conseil de Rédaction. Fort de son
expérience du Sénat, elle veut faire en sorte que la proposition de loi
soit acceptable dans le calendrier parlementaire. Selon elle, il ne
s'agira pas de rédiger un brûlot mais de trouver un équilibre sur une
base légale, de définir les contours d’un texte qui serve l’intérêt
général. Elle a précisé que pour les gens de la profession, ce sera
probablement incomplet mais que ce texte présente une avancée avec une
série d'articles.
Concrètement, il s'agit de donner d'abord une
existence juridique aux Conseils, ensuite de leur permettre d'avoir un
accès à des informations économiques et financières, enfin de pouvoir se
protéger et de faire valoir les droits de la rédaction. Il ne s'agira
pas de tout mettre en commun dans un seul organisme centralisé contre
les propriétaires des journaux mais de donner un droit à l'information, à
une protection intellectuelle du contenu des articles qui pourraient
être revendus. L'objectif n'est pas de créer une arme de guerre contre
les rédactions, l'intérêt étant la souplesse de l'organisation où chaque
rédaction pourra ou pas créer son conseil de rédaction.
Le
texte de proposition de loi sera distribué à la commission des affaires
culturelles pour qu’elle se saisisse du dossier. La première mission
sera de nommer un rapporteur. L'objectif premier, insiste Nathalie
Goulet est que la commission des affaires culturelles prenne la
proposition de texte de loi en considération.
Selon
Dominique Pradalié, il faut permettre aux journalistes de garder leur
conscience et leur liberté. Le journalisme a besoin d'une reconnaissance
collective de ce qu'est une rédaction. Avant, une ligne jaune existait
entre les rédactions et les services marketing, aujourd'hui de grands
groupes ont mis la main sur beaucoup de journaux et un déséquilibre
s'est instauré au détriment des rédactions. C'est un véritable « SOS qui
est envoyé aux parlementaires pour que nous puissions avoir une presse
de qualité et indépendante » lance solennellement la secrétaire générale
du SNJ. Il faut une reconnaissance d'une charte unique, l'existence
d'une instance juridique avec des représentants professionnels et des
citoyens. Le but n'est pas d'être punitif mais pédagogique. Le Conseil
de Rédaction est une protection collective, un patrimoine collectif. Si
le Conseil existait déjà, affirme-t-elle, jamais l'Express n'aurait
annoncé le décès de Jacques Chirac.
Joseph Tual du
service public télévisuel a ensuite éclairé l'assistance avec son
témoignage d'une expérience très récente. En effet, il a travaillé avec 2
confrères (presse privée et radio publique) sur un dossier complet
extrêmement sensible. Les faits étaient précis, avérés, décrits dans le
rapport final de l'enquête policière. Mais sa rédaction lui fit savoir à
la dernière minute que son sujet ne serait pas diffusé, car il n’avait
« rien de neuf ». Or, le soir même ses collègues partenaires diffusaient
l'information qui devenait un scoop... repris plus tard par le site du
média du grand reporter. Il est clair pour tous les intervenants à la
tribune que « si le Conseil existait déjà, la rédaction serait revenue
sur sa décision et le sujet aurait été diffusé ». Selon Nathalie Goulet
« il y aurait eu un dialogue grâce à la structure ». Pour Dominique
Pradalié, « cela permettrait de ne pas laisser seuls les journalistes,
même si les syndicats réagissent ».
Depuis plusieurs
années, il est question de la création d'un Conseil de Presse sans que
celui-ci n'ait jamais pu voir le jour en France. Aujourd'hui, la
proposition de Loi de reconnaissance juridique du Conseil de Rédaction
est une avancée majeure dans l'intérêt général et l'intérêt du
journalisme, pour lutter contre les conflits d'intérêt. Une petite
révolution réunissant à la fois les professionnels, les syndicats et les
citoyens.
Myrtille Dupont
Lien source :
https://blogs.mediapart.fr/les-indignes-du-paf/blog/091014/independanceredactions-retour-sur-la-conference-de-presse-du-710-au-senat-2